Jeudi 21 février 2008 4 21 02 2008 07:00

undefined Je vous ai déjà parlé de l'avocat, mon jeune collègue. Ce matin, il devait partir plaider à Rouen, il avait rendez-vous à 8 heures et avait décidé de s'y rendre en voiture. 

Il fait un rapide calcul : 1 heure de réveil et préparation + 2 heures de route = debout 5 heures du mat'

Ce qu'il n'avait pas inclus dans l'équation, c'est la fatigue, 5 heures du mat' c'est très tôt, très, très tôt quand on n'est pas habitué, et il ne l'est pas.

Même pas grave, c'est un garçon volontaire et courageux, il ne rechigne pas à la tâche. Il se prépare lentement, et part.

Seulement voilà, vouloir, ce n'est pas toujours pouvoir. Il y a du brouillard sur l'autoroute, il n'y a pas grand monde dans le sens Paris-Province, il fait froid dehors, alors il pousse un peu le chauffage. Sa cervelle est maintenant elle aussi dans le brouillard, dans la douce chaleur de l'habitacle, il se laisse un peu aller, même s'il roule vite, sur la voie de gauche.

Tout à coup, il est sur la voie de droite, tout près de la rambarde de sécurité. Il n'a aucun souvenir de s'être rabattu, la seule explication a ce mystère c'est qu'il s'est téléporté ! 
Ou, deuxième version, plus prosaïque mais moins chouette : il s'est endormi, pas longtemps, peut-être même pas 2 secondes, mais assez pour traverser les 3 voies sans le savoir.

Il se fabrique une grosse suée. Le shoot d'adrénaline que lui a déclenché la trouille pourrait suffire à le maintenir éveillé, mais il décide de s'arrêter sur la prochaine aire d'autoroute parce qu'il conduit moins bien avec les mains qui tremblent.

Il gare sa voiture, en sort en se dépliant, marche un peu en moulinant des bras et se dirige vers les toilettes. Un peu plus loin, un homme à l'aspect débraillé et patibulaire (mais presque, dixit Coluche) le fixe, il se déplace lentement et ne quitte pas l'avocat du regard.
 

Mon avocat ne fait pas de pénal, juste du droit du travail, il peut toujours risquer un coup de poing dans la figure, mais il y a peu de probabilités qu'on piège sa voiture ou qu'on l'égorge sur une aire d'autoroute déserte. Pourtant, le regard du type est pesant, il le sent presque dans son dos, il pisse aussi vite que possible car on est forcément plus vulnérable de dos, la braguette ouverte et la baguette à la main.

Il remonte dans sa voiture, verrouille les portières et met le contact, dans son rétroviseur, il voit arriver une autre voiture qui se gare. Un type en costume en descend et regarde dans toutes les directions, à la dérobée. L'avocat enclenche une vitesse, prêt à partir en trombe quand il remarque que les deux types échangent des regards puis se faufilent ensemble dans les buissons.

C'est-y pas mignon cette naïveté ? L'avocat pensait qu'on en voulait à sa vie, à son portefeuille, à sa voiture peut-être, alors qu'on en voulait qu'à sa vertu.

Inutile de préciser que, de tout le reste du trajet, il ne s'est pas rendormi.

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