Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /2008 19:25

Quelquefois, on passe très près du ridicule et ça fait peur.

 

Comme je suis orgueilleuse, il faut bien l'avouer, contrairement à l'adage le ridicule pourrait me tuer.

 

Pour vous situer le contexte, j'habite un immeuble assez tranquille, cependant, quelquefois, un jeune de l'immeuble invitait ses copains, comme ils n'avaient pas envie de traîner chez leurs parents et qu'il ne faisait pas forcément bon dehors, ils montaient à notre étage et squattaient notre pallier.

 

L'Homme et moi, on comprend plutôt bien ça, on est pas trop chiants, on avait posé deux conditions : pas de bruit car, si les murs sont parfaits, les portes sont en papier mâché, et pas de clopes ou de chichon ou de n'importe quoi qui se fume dans le couloir surtout que des minots vivent à l'étage.

De temps en temps, ils se laissaient un peu aller, on les rappelait à l'ordre et ça allait. Et puis un matin, on a retrouvé des mégots dans le couloir, une odeur d'urine dans le local du vide ordures, des paquets de gâteaux vides un peu partout et des traces de feu sur la porte de l'escalier.

 

Je peux te garantir que mon sang n'a fait qu'un tour et que je les ai attendus de pied ferme, le soir même, je leur suis tombée dessus comme El Nino et, au lieu de s'excuser platement ils ont roulé des mécaniques, j'ai viré tout le monde comme une harpie en leur disant que dorénavant, ils pouvaient se trouver une autre cour de récré et que je ne vous vois plus traîner par ici ou sinon ça va barder et gnin, gnin, gnin.

 

Comme je suis une têtue, chaque fois qu'il en revenait un dans une timide tentative de réinvestir l'endroit, je montrais les crocs, sortais les griffes le tout ponctué d'un "je vous l'avais dit, fallais pas m'emmerder".

 

Dans la nuit de jeudi à vendredi pourtant, je me réveilles en sursaut, persuadée d'avoir entendu un grand bruit dans le couloir. Je me tourne vers l'Homme, sa place dans le lit est vide, je me redresse, tout à fait réveillée, j'enfile à la va-vite un survet' et un t-shirt, je file vers la porte d'entrée que j'ouvre à la volée.

 

Debout au milieu du couloir, il y a l'Homme qui me regarde, il est tout habillé, pendant un instant, mes deux neurones cherchent à établir des connections, pourquoi diable l'Homme est-il tout habillé dans le couloir au milieu de la nuit et qu'est-ce que c'était que ce boucan ? D'ailleurs, je lui demande : "mais c'était quoi ce grand bruit ?". Ses yeux s'arrondissent, il me répond qu'il n'a rien entendu, qu'il a peut être un peu claqué la porte mais sans plus. Il s'approche, m'embrasse et me dit : "vas te recoucher, il est très tôt".

 

Et là, d'un seul coup, l'étincelle se fait, on n'est pas au milieu de la nuit, on est seulement très tôt le matin, l'homme part travailler, c'est le bruit de la porte qui m'a réveillée.

Je lui dis "OK, bonne journée, bon courage" et je n'insiste pas plus.

 

Depuis plus de 10 ans que nous vivons ensemble, l'Homme est toujours parti travailler avant l'aube, depuis 8 ans que nous habitons ici, il à toujours fallut claquer un peu la porte pour la fermer alors, qu'est-ce qui s'est passé dans mon cerveau pour qu'il m'expédie pieds nus, en survet' pourri, les cheveux hirsutes et les yeux fous au secours de mon chevalier servant en détresse à 5 heures du matin ?

 

Heureusement, l'Homme est habitué à mes nuits agitées et à mon sommeil en pointillé, plus rien ne l'étonne, mais moi, je te le dis, j'ai un peu la honte quand même.

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