Jeudi 11 septembre 2008

La saison des expulsions se terminant normalement mi-octobre, les propriétaires doivent faire vite pour libérer les logements.

Etant donné mes amicales relations avec nos gardiens, j'apprend de temps en temps que leur chef s'est rendu à telle ou telle adresse appartenant à notre onéreux (honoré ? Non, non, j'ai bien dit onéreux) propriétaire afin d'y procéder à l'évacuation d'un mauvais payeur.

Bien entendu, à l'arrivée de l'exécuteur des hautes oeuvres, les locataires ont en général déjà plié bagages en emportant tout ce qui avait de la valeur. La plupart du temps, il ne reste rien, ou alors, vraiment, des trucs qui ne méritent même pas une annonce sur ebay.

Avant-hier, une expulsion bien programmée avait lieu à quelques rues de chez moi (aïe, c'est pas tombé loin !). L'équipe habituelle se pointe avec un serrurier car, saches-le, le locataire indélicat ne rend pas ses clefs à la loge du concierge avant midi, il se moque pas mal qu'on lui compte une journée supplémentaire puisqu'il a accumulé des centaines de journées supplémentaires.

En tant normal, ça me serre le coeur, je me demande où sont partis les habitants du logement, si ils ont un nouveau toit ou si la rue les attend. C'est arrivé à un monsieur, dans mon immeuble, je le croisais souvent, nous nous saluions, il était toujours accompagné d'une petite fille trisomique. Un jour, j'ai cessé de le croiser et j'ai appris plus tard qu'il avait été viré. Je l'ai imaginé, dehors avec la petiote, je me suis dit que ça faisait beaucoup de malheur pour un seul homme. J'ai pensé à lui souvent depuis.

Mais avant-hier, quand le serrurier a ouvert la porte, un chat est sorti en courant de l'appartement et s'est enfui si vite que personne n'a même songé à essayer de le rattraper.

Une fois à l'intérieur, l'équipe a trouvé une petite cage cadenassée contenant un lapin, vivant, mais aux ongles si longs qu'ils l'empêchaient de se tenir debout.

Et c'est tout. Les locataires avaient tout emporté sauf leurs animaux.

Personne ne sait depuis combien de temps le chat et le lapin étaient bouclés dans l'appartement, personne n'a compris pourquoi la cage était cadenassée, sauf peut-être pour s'assurer que le chat ne dévorerait pas le lapin quand la faim le tiraillerait, ce qui permettait d'espérer que le chat ET le lapin crèveraient de faim.

Le chat est perdu, personne ne l'a retrouvé, il est sans doute mort maintenant car il y a peu d'espoir de survie dans la rue pour les chats d'appartement.
Le lapin a été adopté par une famille qui en avait déjà récupéré deux autres dans le jardin de notre résidence (pas des lapins de garenne, des lapins blancs d'animalerie dont quelqu'un s'était débarrassé dans l'herbe).

Je m'adresse à vous, les ex-locataires :
De tous les choix possibles : emmener les animaux avec vous, les confier à un voisin, les abandonner dans un refuge, les tuer même, vous avez fait le pire puisque vous les avez largués sur place en les laissant crever lentement.

Dire que je connais des humains qui préfèrent dormir dans la rue que de se débarrasser de leur chien.

Je ne compatis plus ... enfoirés.



NB : l'image est une photo du "Fleuron" la péniche amarrée au port de Javel (Paris XVe) depuis août 1999. Mise en service par l’Ordre de Malte et la fondation 30 millions d’amis, sans doute un des rares (sinon le seul) lieux d'accueil d'urgence à recevoir les SDF avec leurs chiens. 

Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Publié dans : Aboiement - Communauté : Merdalor
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