Humeur, humour ... parfois noir.
Dans mon nouveau job, je travaille avec un avocat. Un garçon jeune, bien élevé, gentil, drôle, bref, tout le contraire des hyènes qui m’entouraient précédemment. Pour plaider, il doit
quelquefois se rendre en province, ce fut le cas hier, il allait à Rennes.
Premier problème, hier, c’était la grève. L’Avocat, prévoyant, part très en avance pour attraper son train, et il l’attrape. Il se croit en veine.
Le train arrive à Rennes, l’Avocat descend, il plaide à 14 h 30, il s’accorde un déjeuner tranquille puis part à la recherche du tribunal des prud’hommes. En homme avisé, il s’est muni du
" Guide judicieux des barreaux de France " (je vous jure que ça existe, arrêtez de rire).
Sur le plan généreusement fourni par le "Guide Judicieux" le tribunal à l'air tout près, l'Avocat s'y connait en droit, pas en cartographie, il ne sait pas vraiment lire une échelle, il imagine
qu'un centimètre c'est 10 minutes de marche maximum et il part à pieds.
Bien sur, en Bretagne, il arrive qu'il pleuve, et il se met donc à pleuvoir. Il ne s'agit pas de cette bruine fine dont les bretons ont l'habitude, c'est l'orage, le vrai,
dont la taille des gouttes terrorise le peuple de l'herbe.
L'Avocat porte une doudoune très chaude (mais pas imperméable), des chaussures de ville et son très gros sac rempli de son très gros dossier à plaider.
Au début, il tente de porter son sac devant lui pour protéger son pantalon, mais l'eau s'infiltre, la doudoune s'imbibe, elle pèse maintenant 7 tonnes et fonctionne comme une éponge qui transmet son humidité à la jolie chemise mauve en dessous. Les chaussures ne sont pas imperméables elles non plus et l'Avocat sent ses pieds glisser dans ses chaussettes trempées.
Depuis les boutiques et les cafés, les bretons le regardent le petit parigot, le seul à se faire saucer dans la rue est forcément un couillon de parigot.
L'Avocat tente de consulter son plan en s'abritant maladroitement sous un porche, il ne doit pas être en retard.
Quand il arrive enfin au tribunal, il a l'air misérable, il a froid, il est trempé, il est à des centaines de kilomètres de chez lui, il se pourrait que son portable ait rendu
l'âme, noyé au fond de sa poche.
L'Avocat se sent très seul, surtout quand, pieds nus dans les toilettes du tribunal, il essore ses chaussettes dans le lavabo et envisage très sérieusement d'aller plaider nu sous sa robe
tellement il a froid dans ses vêtements mouillés.
Joao, enfin ... Maître ... si tu me lis, pardonnes-moi de faire rire avec tes malheurs, mais il ne fallait pas m'en parler après tout.