Humeur, humour ... parfois noir.
Toutes notions de perte de revenus ou d'invalidité mises à part (accidents qui peuvent arriver à n'importe quel âge),
vieillir ne m'effraie pas. Il y a bien longtemps que j'ai envisagé avec un réel plaisir d'être un jour à la retraite, même si cela implique une peau moins souple et des articulations plus
raides.
Non, décidément, l'idée d'adapter, de ralentir mon rythme de vie pour correspondre à mes capacités physiques ne me dérange pas. Peu importe si je ne peux plus faire les mêmes choses à 60
ans qu'à 40, car après tout, c'est déjà le cas : je ne peux plus faire les mêmes choses qu'à 20 ans.
Si l'idée d'un ralentissement général ne m'angoisse pas, l'idée de dépendance et d'invalidité permanente me terrifie. Imaginons donc un instant que tout aille pour le mieux, que le moteur et
la carrosserie s'use tranquillement sans casse mécanique grave. Je m'appliquerai simplement un coefficient de vétusté, je m'adapterai, peinarde.
Tout ira donc bien, au moins jusqu'à peu près 75 ans. Mais si jamais je vais au-delà de 80, 85, 95 ? La génétique familiale met la barre très haut.
A 90 ans, quelque soit le bon état de conservation général de l'organisme, il est bien rare de pouvoir continuer à assumer toutes les tâches quotidiennes en parfaite indépendance.
A 95 ans, c'est un miracle si l'on peut continuer à vivre sans assistance et en échappant à la maison de retraite.
Je n'ai même pas l'intention de parler de la maltraitance, des mouroirs, du personnel insuffisant ou sous-qualifié qui sont le lot de certains sinistres établissements. Je peux te dire que même
une maison de retraite parfaite, ça me fiche une trouille de tous les diables.
Je ne veux pas vivre dans une seule chambre si ce n'est pas une chambre d'hôtel, je ne veux pas manger à la cantine tous les jours, je ne veux pas avoir la télé comme seule occupation, je veux
pouvoir continuer à m'occuper de mes chats si certains m'accompagnent en vieillesse, je ne veux pas vivre dans un univers où les moins de 65 ans font obligatoirement partie du personnel, je
ne veux pas qu'on me parle comme si j'avais 6 ans, je ne veux pas apprendre les enterrements successifs de ceux que j'aime (surtout s'ils sont plus jeunes).
Je ne saurais même pas te décrire le noeud que font mes boyaux à l'idée de devoir continuer à vivre uniquement parce que le corps n'a pas fini son cycle, sans but, sans issue, sans vie.
Je ne veux pas être centenaire, en aucun cas. Je ne comprend même pas pourquoi tant de gens en rêve, si mon ticket est valable pour cette destination trop lointaine, je l'échangerais volontiers
pour un voyage plus court dans une contrée plus animée.