Humeur, humour ... parfois noir.
Je viens de rentrer, j'étais
allée faire des courses, d'ordinaire, je vais très vite, aujourd'hui, ça m'a pris des plombes. Demandez-moi donc pourquoi ça m'a pris des plombes, si, si, demandez-le moi, s'iiiil vous
plait.
Quoi ? Hein ? quelqu'un a dit quelque chose ? vous aimeriez savoir pourquoi ça m'a pris des plombes ? Bon, puisque vous insistez.
Tout avait commencé comme d'habitude, la liste dans une main, le caddie avec les 2 grands sacs bleus IKEA dans l'autre, l'énergie de la femme qui s'apprête à battre son record de vitesse de courses après s'être entraînée très dur.
Le rituel est le suivant : je file au fond du magasin chercher l'eau et le lait en premier. Je ne sais pas pourquoi, un pervers a décidé que les fruits seraient placés avant les boissons. Quelquefois, ma paranoïa me pousse à imaginer un groupe de chefs de rayons morts de rire devant les caméras de surveillance au moment ou un imprudent consommateur écrase ses fraises avec un pack de flotte.
Comme je suis une rebelle pleine de bon sens, je ne fais pas ce qu'on attend de moi. Je file au fond donc, puis j'avance sans jamais quitter l'allée centrale avec le caddie, je le stationne à la sauvage en tête de gondole et je cours chercher dans les rayons le contenu de la liste. Comme je ne suis pas embarrassée par cette cochonnerie en fer blanc à roulettes disfonctionnelles, je file comme le vent, je zigzague entre les caddies des autres avec une grâce de feu follet. Bref, je vais VITE.
Pas cette fois, la nuit dernière devait être "la nuit du cataclysme", il y en a une par an environ. Vous devez voir de quoi je parle, en une nuit, le pervers qui met les fruits avant l'eau ou un autre preneur de tête de sa tribu déplace tous les rayons, et tous les produits dans les rayons. Moi, j'ai l'impression d'être dans un autre magasin, ailleurs, comme quand on est en vacances, sauf que je n'y suis pas et que j'ai vraiment autre chose à faire que de mener l'enquête pour retrouver les boites de thon ou la sauce aigre-douce.
En clair, je perd du temps, je m'énerve, il y aura des mots non rayés sur ma liste et c'est intolérable. Avec un peu de chance, pour finir, je vais tomber sur une caissière débutante, il y aura un maniaque des coupons de réductions devant moi, ou n'importe quoi du même accabit.
Je dépose enfin mes articles sur le tapis roulant, la caissière me sourie, elle est sympathique, mon moral remonte un peu, puis elle attrape un sac contenant 2 courgettes, le tourne dans tous les sens, me le tend avec un timide "je crois que vous avez oublié de le faire peser". Je tombe de l'armoire, je n'ai pas oublié, je croyais que les courgettes étaient vendues à la pièce. Je regarde la caissière, elle a l'air désolée pour moi, je sens que j'énerve la file d'attente, je lache un "laissez tomber, je ne les prends pas" sans desserrer les dents.
Je ressort déprimée, je me suis traînée dans ce bazar pour gagner du temps, j'ai perdu 2 bonnes heures et il faudra que je retourne aux petits mousquetaires prohibitifs en bas de chez moi.
C'est ça la nuit du grand cataclysme, non seulement c'est lourdingue sur le moment, mais en plus ça provoque une onde de choc qui dure longtemps.