Humeur, humour ... parfois noir.
Vendredi, j'ai eu 42 ans. Je sais que je devrais trembler à l'idée de
ma décrépitude déjà bien avancée mais, curieusement, je n'arrive pas à me persuader que c'est l'horreur.
De toute façon, je n'ai pas de souvenir de mes 5 ans, mes 15 ans m'ont rendue dépressive, mes 20 ans étaient sans intérêt, mes 30 ans étaient sympas, j'en ai bien profité. D'accord, j'aurai pu vouloir rester sur 30, mais à 30, je n'avais pas cet homme doux qui est devenu mon ami, mon associé, mon port d'attache. Après 30 ans, j'ai eu des chats géniaux, j'ai continué à voyager en accumulant des expériences incomparables.
Un de mes frères, que nous appellerons le "chippendale" par commodité (et parce qu'il arrondit copieusement ses fins de mois en se mettant à walpé dans les soirées), un de mes frères disais-je avant de m'interrompre moi-même par une parenthèse trop longue (sa mère la péripatéticienne ! Voilà que je recommence). Mon frangin donc, a décidé il y a quelques années, de ne plus fêter son anniversaire.
D'accord, le gaillard en question se fait du souci pour son apparence sculptée par un régime draconien et des tonnes de fonte soulevées en haletant, mais comment peut-il imaginer qu'en oubliant sa date de naissance, il cessera de vieillir ? Si j'oublie que j'ai une belle-mère, est-ce qu'elle cesse d'exister ? Si j'oublie que je suis dans le rouge, est-ce que mon banquier me lèche les pompes à nouveau ? Si j'oublie de changer leur litière, est-ce que les chats cessent de .... hin, hin, hin, je crains que ça ne fonctionne pas.
Quand ma coiffeuse me dit "on pourrait faire une petite couleur Flash pour cacher vos cheveux blancs", je me demande si elle veut faire grimper le tarif de la séance où si elle croit vraiment que je me sentirai tellement mieux sans sel dans mon poivre.
Que les choses soient claires, mes rides ne m'inquiètent pas, mes cheveux blancs ne jurent pas avec mes cheveux châtains, je ne porterai pas de gaine pour planquer le ramollissement des chairs ni de sous-tifs en fer forgé pour lutter contre la pesanteur.
J'aime bien vieillir, je suis plus zen, plus sage, plus futée, plus cultivée, mieux aimée que quand j'avais 20 ans. Je sais ce que je veux et comment l'obtenir. Je peux rouler sur les trottoirs avec mon vélo sans être interpellée par la police, quand j'entre dans une boutique, on s'occupe de moi plus vite et les agents de sécurité me tendent un panier plutôt que de vérifier que je ne pique rien. Je suis plus crédible au boulot. Si je fais du stop, les gens s'arrêtent.
Certes, je ne peux plus picoler sans être malade ni passer des nuits blanches sans avoir besoin d'une semaine pour récupérer, je ne peux plus danser toute la nuit sans avoir des courbatures ... mais, ça tombe bien, je n'ai plus vraiment envie de faire ces trucs là.
Je ne vais pas lutter contre la vieillesse pour une raison simple : on ne peut pas gagner, il faudrait donc être un fieffé crétin pour mener un combat perdu d'avance. En effet, le seul moyen efficace pour arrêter le temps et cesser de vieillir, c'est d'être mort, et ça, ça ne me tente pas trop.