Humeur, humour ... parfois noir.
Je suis un jeune chat noir, tendre, calme, je n'ai jamais éprouvé de colère ou de hargne. J'ai vécu parmi les humains,
j'avais une famille que j'aimais et en qui j'avais confiance... Je viens de mourir.
Il y a quelques semaines, ma famille, cette famille qui m'avait choisi, a commencé à mettre le bazar dans la maison : ils
sortaient des valises, déplaçaient des piles de vêtements, des objets de toute sorte qu'ils n'utilisent pas habituellement, ça les rendait heureux. Moi, j'étais un peu inquiet car nous, les
chats, nous n'aimons pas trop les changements, mais puisqu'ils étaient contents, moi aussi finalement même s'ils ne faisaient pas trop attention à moi.
Ils ont tout chargé dans la voiture et m'ont pris avec eux. On a roulé quelques temps puis, à un moment, ils ont arrêté la
voiture, ont ouvert la portière et m'ont fait descendre. Je ne comprenais pas très bien pourquoi mais, comme je ne comprend pas toujours bien les humains, je me suis assis sur le trottoir,
sagement. Ils ont refermé les portières puis... ils sont partis.
J'ai attendu, qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre, je ne connaissais pas du tout ce territoire et j'ignorais comment
faire pour retrouver ma maison.
Au début, j'ai flanné un peu, reniflé toutes les odeurs des matous inconnus. La nuit est tombée, j'avais faim, j'ai décidé de
me bouger un peu, de chercher de quoi manger puis le chemin de ma maison. Je n'ai trouvé ni l'un ni l'autre.
Les jours qui ont suivi, c'était de pire en pire, j'étais totalement perdu et affamé comme je n'imaginais même pas qu'on
puisse l'être. Je cherchais le contact avec les humains, n'importe quel humain qui puisse m'aider à retrouver ma famille, qui me vienne en aide.
Un soir, à bout de force, j'ai traversé une rue inconnue de plus, quand j'ai entendu le crissement des pneus, il était déjà
trop tard et j'étais trop faible pour fuir. Le choc a été violent. Au début, j'étais sonné, j'avais mal partout et surtout aux pattes, je me suis relevé aussi vite que possible et j'ai filé sur
le trottoir. La voiture à redémarré.Mes pattes me faisaient atrocement mal, je saignais. Je suis pourtant parvenu à me remettre debout.
Les jours qui ont suivi n'ont été que douleur de plus en plus intense. Les mouches, que je m'étais si souvent amusé à
chasser, ont commencé à m'attaquer, elles étaient de plus en plus nombreuses à se poser sur mes plaies, j'avais beau lécher pour nettoyer, mes pattes étaient de pire en pire, de plus en plus
douloureuses, de plus en plus sales.
Pendant des jours, j'utilisais le peu de force qui me restait pour aller vers les humains, ils étaient les seuls à pouvoir me
secourir mais aucun d'entre eux ne se penchait sur moi. Cet après-midi, une voiture s'est arrêtée le long du trottoir ou j'attendais, désespéré.
Une jeune femme en est descendue, elle m'a appelée, je me suis approché de mon mieux. Quand elle m'a vu de près, elle a
commencé à pleurer. Elle me caressait le crane et me parlait gentiment puis elle a pris son téléphone et elle à appelé quelqu'un qu'elle nommait "Croco". Je suis resté près d'elle, je n'avais de
toute manière plus la force d'aller nulle part.
Croco a finit par arriver, quand elle m'a vu, elle m'a enroulé dans une serviette, elle m'a parlé gentiment et elle me
caressait la tête. Elles m'ont emmené dans la voiture puis chez un homme qui a regardé mes pattes et a dit : "il n'y a plus rien à faire". Il a parlé de gangrène, d'infection, de douleur
insupportable.
Croco et la jeune femme m'ont dit "Nous sommes là, nous allons rester près de toi et faire cesser tes souffrances". L'homme
m'a fait une piqure, Croco me tenait et me caressait, elle avait une main sur mon coeur qui battait à tout rompre et une main qui tenait ma tête. J'ai bien senti que mon coeur ralentissait,
j'avais peur de m'endormir, peur de ce qui allait arriver si je m'endormais.
L'homme a dit : "je ne comprend pas, il devrait dormir, je lui ai injecté la dose d'un rottweiller", puis il a ajouté,
tristement : "les gens qui l'ont renversé et l'ont laissé ainsi sont des criminels".
L'homme a ensuite rempli une autre seringue et m'a fait une seconde injection, Croco a murmuré "Lâches-prise, tu peux
partir".
Alors, je suis parti...
Petiot, dont j'ignorerai toujours le nom, dont je m'aperçois même que j'ignore si tu étais mâle ou femelle, s'il y a un après, cet autre lieu où je t'ai fait
partir, quand tu y seras arrivé, s'il te plait, plaides pour moi, plaides pour qu'on m'y fasse une place quand mon heure sera venue, car je ne veux pas risquer de partager mon éternité avec ceux
qui t'ont condamné.