Humeur, humour ... parfois noir.
Mi madre vivió en la calle en la Ciudad de México.
Forcément, quand ta mère vit dans la rue, c'est aussi là qu'elle te met au monde, ça ne loupe pas et quand le destin te distribue de mauvaises cartes dès le début, tu pars dans la vie avec
un sacré handicap crois-moi.
J'avais aussi des frères et soeurs dont le destin se foutait tout autant, d'ailleurs, pourquoi le destin les aurait-il mieux servis ? Il semblerait qu'il n'y a pas de place pour tout le
monde en esta tierra.
J'ai donc grandi dehors, notre mère nous a appris à nous débrouiller, à éviter les ennuis avec ceux qui nous voulaient du mal (as-tu remarqué, même quand tu n'es personne et que tu ne possèdes
rien d'autre que ta peau, certains voudrait te priver aussi de l'air que tu respires ?)
Un jour, j'errais tranquillement dans les rues de Mexico, des hommes placardaient partout des affiches et, même si je ne sais pas lire, je savais bien ce que ça voulait dire : preparando una gran
fiesta avec des défilés de milliers de gens, des odeurs alléchantes de nourriture vendue sur de petits étalages, sur les trottoirs.
Pour nous autres, les sans-abri, el infierno ouvrait ses portes.
En effet, quand les hommes font la fête, ils prennent soin auparavant de nettoyer les rues de notre encombrante présence, ils ne veulent pas de nous dans les défilés, ils ne veulent pas voir nos
gueules d'affamés trainer parmi le bon peuple.
Dans les jours qui précèdent la fête, c'est la chasse aux misérables, on nous poursuit, on nous piège, on nous massacre...
C'est en tentant de fuir une de ces rafles que j'ai eu l'accident. C'est ma faute bien sur, je cavalais comme une dératée para salvar mi vida, j'ai traversé sans regarder, oubliant toute
prudence. J'ai entendu le hurlement des freins, senti le choc sur mon côté, je sais que j'ai voltigé puis je ne me souviens plus de rien.
Quand j'ai rouvert les yeux, j'avais vachement mal à ma patte arrière, mais j'étais entourrée de gens gentils qui me carressaient la tête et me parlaient avec douceur.
Un homme me chuchottait "Sois tranquille, tu ne crains plus rien, tu es au refuge maintenant, nous allons nous occupper de toi et tu vas aller mieux".
Les mois qui ont suivi, j'ai guéri tant bien que mal, ils ont beaucoup d'amour au refuge, mais pas beaucoup de pesos alors ils font de leur mieux, mais pour les miracles il vaut mieux compter sur
cette saloperie de destin.
Un jour, nous avons eu de la visite, une femme douce, je l'ai regardée, elle m'a regardée, quelque chose s'est passé entre nous. Les jours suivants, elle m'a emmenée en promenade souvent.
Elle parlait de moi avec mon bienfaiteur, longtemps, elle avait l'air bien embêté de quelqu'un qui cherche desespérément una solución.
Du temps a passé, elle venait me voir sans arrêt, un beau matin elle est arrivée et m'a montré un papier, je ne comprenais pas de quoi il s'agissait, mais ça avait l'air de la rendre tellement
heureuse que du coup, moi aussi ça me rendait heureuse.
Après, il s'est passé des trucs vraiment bizarres : on m'a fait entrer dans une grande boite, on m'a trimballée dans des véhicules plus bruyants les uns que les autres, la dame n'était jamais
loin, sauf pour le dernier trajet.
J'étais dans une grande pièce aux parois métalliques, il y avait d'autres boites contenant d'autres animaux, nous n'étions pas rassurés. J'avoue, moi qui suis discrète, j'ai un peu aboyé, je me
demandais où était passée mon amie.
De longues heures et divers trimballages de ma cage plus tard, la dame est revenue me chercher. Je ne savais pas du tout où nous étions, rien ne ressemblait à ce que je connaissais, Mexico avait
disparu, les gens étaient différents, les odeurs étaient différentes, tout était inconnu, mais mon amie était là, elle m'a fait sortir de la cage, m'a attaché mon collier et nous sommes parties
ensemble cette fois.
Mi nombre es Negra, o Negrita, soy un gran perro negro de 14 años, ma patte arrière ne fonctionne que quand elle le veut bien, mais je mange à ma faim, j'ai un toit sur la tête, je vis avec cette
femme qui me couvre de tendresse.
NB : cette histoire est vraie, mais je ne vais pas m'en attribuer le mérite, c'est une de mes clientes qui a ramené Negra du Mexique.