Humeur, humour ... parfois noir.
Une petite balade sur un autre blog m'a indirectement rappelé une toute petite aventure.
Un dimanche, l'homme et moi nous décidons d'aller au Musée Grévin, lui parce qu'il n'y est jamais allé et moi parce que j'y suis allée quand j'étais môme et que le seul souvenir qui m'en reste c'est celui d'un gardien qui jouait les statues de cire et s'amusait à effrayer les visiteurs en se mettant brutalement en mouvement.
C'est marrant ce truc, un peu kitch. J'ai même travaillé dans une boite où le cadeau de départ à la retraite d'un brave type avait été sa statue de cire commandée par ses collègues aux artistes de Grévin. D'ailleurs, quand j'y pense, j'en ris encore. Pour installer chez soi une statue de cire à son image, il faut avoir un ego démesuré ou un goût prononcé pour le surréalisme. J'imaginais la tête de son épouse se levant encore ensommeillée pour un petit pipi au beau milieu de la nuit et croisant son homme en costume dans le salon. Nul doute qu'elle a du finir par l'installer devant un radiateur pour en venir à bout.
En tout cas, on est partis en voiture, la fleur au fusil, on s'est dit : "le musée Grévin" c'est sur les grands boulevards, c'est vraiment pas compliqué d'y aller". On s'est perdus, on s'est engueulés, on a décidé de rentrer chez nous.
Sur le trajet, on passe par la Bastille, il y a une brocante géante, il faut se garer, on tourne un peu, je dis "FREINES, le type à gauche, il s'en va", la connexion ne se fait pas assez vite dans le cerveau de l'homme, l'enfoiré qui était DERRIERE nous nous pique l'affaire. On s'engueule.
Comme il y avait une éclaircie dans cette journée morose et qu'on avait besoin d'air, on a filé au bois de Vincennes. On se ballade autour du lac, main dans la main, on ne s'engueule plus du tout, on ramasse des petites brindilles, des feuilles, tout ce qui amusera nos chats au retour. L'homme aperçoit une plume d'oiseau, on s'arrête net tous les deux. A ce moment là un joggeur surgit de nulle part (de derrière nous en fait, mais nous ne l'avions pas entendu arriver) piétine dans l'allée, s'emmêle un peu les crayons et nous évite de justesse.
Je vous entend déjà : "c'est ça ton aventure ? T'as faillis mourir percutée par un mec à pieds ?".
En fait, ce couillon en combinaison moulante fluorescente, casque sur les oreilles, se tourne vers nous sans ralentir et nous lance "Vous êtes fous, la peur vous fait faire n'importe quoi, vous en devenez dangereux". L'homme et moi on le regarde, les yeux comme des soucoupes, le seul qui a eu peur c'est lui, il est arrivé dans notre dos à toute vitesse, il court les yeux fermés ou quoi ?
Nous faisions simplement une promenade en amoureux et cet imbécile, avec sa combinaison à faire marrer les écureuils, nous incendie parce qu'on ne cavale pas comme des lapins.
Si tu me lis joggeur (je sens que j'aurais un lecteur de moins) je tiens à te le dire : quand tu sprinte dans un vêtement multicolore, la musique à fond dans ton casque en étant si peu attentif que tu ne remarque même pas deux humains au beau milieu de ton champ de vision, c'est toi qui n'est pas à ta place en forêt.
Va courir sur l'asphalte et laisses-nous profiter de la nature.