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Humeur, humour ... parfois noir.

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A chacun son tour

Je suis comme tous les misérables occupant un emploi de bureau, quand je dois me rendre à la poste, c'est soit le soir, soit le samedi matin.

 

La charmante personne qui gère les tickets restaurant au siège de ma boite me les expédie en recommandé à mon adresse personnelle plutôt qu'à l'agence, ce qui me donne le plaisir de devoir aller les récupérer. J'ignore si cette femme agit ainsi dans le seul but de m'inciter à sortir de chez moi le samedi matin, me créant l'occasion d'un semblant de vie sociale ; si elle est sadique et se marre à l'idée de me priver de grasse matinée ou si elle est juste tebê.

 

Pour avoir eu la dame au téléphone un certain nombre de fois (ticket pas arrivés, pas du bon montant, etc...) je crois pouvoir déduire qu'elle fait partie de ces individus qui ont une haute opinion de l'indispensable rôle qu'ils jouent au sein de leur entreprise.

 

Allez hop, le croco, championne du monde de la digression, reprend le fil de l'histoire comme si de rien n'était. Samedi matin, je me rends donc au bureau de poste que je n'avais pas revu depuis ses travaux de rénovation.

Oulala, merveille des merveilles, depuis qu'il est devenu "la banque postale" mon bureau de poste ressemble à une annexe du rayon papeterie de chez Virgin. En plus des petites cartes de vœux tendres ou humoristique d'autrefois, il y a carrément une petite boutique qui vend, non pas des timbres ou des enveloppes, mais du papier à lettre, des crayons surmontés de petites bestioles rigolotes, des blocs de papier sous le signe de Didl l'idole des momes, des bricoles en tout genre.

Je pense que la personne qui vendait "le Réverbère" en nous ouvrant la porte peut trouver un autre coin, la porte s'ouvre automatiquement maintenant.

 

Tout le décor est flambant neuf, tout est moderne, sauf la file d'attente, qui ressemble à s'y méprendre à l'ancienne. Et puis, je ne rêve pas, il y a 3 guichets maintenant au lieu des 4 d'autrefois. Je stresse un peu, je me rappelle bien qu'avec 4 c'était déjà lent, alors 3...

 

Tout ça n'est pas grave, je papote un peu avec les 2 grands mères qui, bien que devant moi dans la file d'attente, n'ont de cesse de me répéter qu'elles en ont pour 2 minutes chacune. Moi, j'ai seulement un recommandé à récupérer et, dans l'ancienne poste, il y avait toujours un guichetier pour vous faire griller toute la file avec un : "les personnes qui n'ont qu'un recommandé à récupérer, venez me voir".

 

C'était le temps de la poste, à la banque postale, on attend son tour, moi et les grands mères, on va devoir poireauter 20 mn pour une opération de 2 mn et c'est comme ça.

 

Arrive un monsieur en fauteuil roulant, il n'y a plus que 3 guichets, mais entre la boutique et les tous nouveaux et trop nombreux bureaux des conseillers financiers, il y a finalement moins de place qu'avant.

 

Je commence donc par compatir mentalement, et puis je le vois qui regarde à gauche, à droite comme s'il cherchait quelqu'un, il avance en loucedé, se faufile devant le guichet du milieu et dit qu'il est venu faire une déclaration de perte de ses cartes. La guichetière place alors un panneau "guichet momentanément fermé" sur le comptoir pour pouvoir s'occuper de lui en exclusivité.

 

La moutarde me monte un peu au nez, je ne peux retenir un "il ne faut pas se gêner, il passe devant tout le monde celui-là", l'une des grands mères se retourne et m'assène un "c'est bien normal tout de même", je la regarde, sa copine n'en peut plus d'être debout dans la file, je vois bien qu'elle morfle, je lui répond "ce n'est pas plus normal que pour votre amie qui supporte la situation sans se plaindre et qui n'est pas assise, elle". La pauvre grand-mère chuchote un tout petit "c'est pourtant vrai". Splendide monde du politiquement correct et de la langue de bois où il est possible d'être affreusement mal élevé sans que personne n'ose vous remettre à votre place pour peu que vous soyez dans une situation peu enviable.

 

Je me tais. C'est enfin mon tour. Je n'ai même pas honte, je m'écrase juste parce qu'il ne faut pas trop pousser une foule qui cherche un exutoire à son énervement. Je sens que je suis à deux doigts du goudron et des plumes, je sens aussi que je vais vendre chèrement ma peau.

 

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'aimais mieux la vieille Poste, on pouvait râler sur les guichetiers trop lents qui faisaient porter le chapeau au matériel trop vieux .

 

La Banque Postale, c'est tout neuf, alors je n'admet pas que ça marche moins bien que quand c'était moche. Des banques, on en avait déjà des dizaines, rendez-nous la poste.

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P
Merci pour ce blog!
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