Humeur, humour ... parfois noir.
Je suis insomniaque. Depuis toujours, aussi loin que je me souvienne, le sommeil n'a jamais été mon ami. Tout à commencé quand j'étais petite, mes parents se sont aperçus que j'étais somnambule. Un soir où je m'étais levée pour la Nième fois et où ils ont élevé le ton, je me suis réveillée en pleurant. Je ne me rappelle même pas cet évènement. Je sais que dès légendes cavalent sur des somnambules morts d'avoir été réveillés en sursaut, mais c'est du pipeau. Par contre, je me souviens très bien avoir été terrifiée à l'idée que je me baladais dans mon sommeil. Je me suis mise à imaginer que j'allais sortir dans la rue sans le vouloir, me retrouver à oualpé au milieu d'un boulevard, me réveillée perdue dans un endroit inconnu, sortir marcher sur le toit et tomber .... tout ce qu'une toute petite môme peut se mettre dans le crane. A partir de là, j'ai refusé de dormir, et quand je dis refusé, je pèse mes mots, j'avais déjà les bases de ce délicieux caractère qui chiffonne les fâcheux. On a du me donner un médicament au nom barbare qui est en fait du phénobarbital. Bon, j'ignore si c'est lié ou non, mais la coïncidence est belle, je suis insomniaque depuis lors. Comme j'ai une vie ordinaire avec un boulot du lundi au vendredi et des amis ou de la famille le week-end, j'ai dû m'adapter. Je fais donc 3 nuits en pointillés puis 1 nuit où je m'écrase dans le lit pour dormir jusqu'au matin car il faut bien récupérer. Je sais que la plupart des "normaux" pensent que je devrais me faire soigner, qu'on ne peut pas vivre comme ça, que regarder "Histoires Naturelles" au milieu de la nuit c'est toucher le fond du désespoir. Ils ont tort. D'ailleurs, en passant, ceux qui ont connu La Cinq (la chaîne TV morte), savent que le vrai fond du désespoir c'est d'avoir regardé "Voisins, Voisines" au milieu de la nuit. Finalement, j'aime la nuit, il m'arrive de rester dans le noir, de regarder par la fenêtre et d'apercevoir une ou deux fenêtres éclairées au cœur de l'obscurité. Je pense à ces autres qui ne dorment pas non plus. Quelquefois, un chat hurle dans le parc en bas, ils se battent pour défendre leur territoire, une sirène de police ou d'ambulance déchire le silence, mais, globalement, c'est le calme total. Je me sens enveloppée, sereine, tranquille. Je n'ai plus depuis longtemps cette angoisse fébrile en regardant défiler les heures sur la pendule, je serai fatiguée demain ? et alors ? je me rattraperai plus tard. La nuit, c'est mon territoire, pas comme une night-clubbeuse acharnée, ou une accro aux films d'horreur, non, c'est mon territoire parce que personne d'autre n'en veut. C'est mon territoire parce que je fais partie de ceux qui la trouve belle et douce.