Humeur, humour ... parfois noir.
Je ne sais pas si tu es comme moi, mais, chaque fois que j'apprends un de ces faits divers sordides dans lequel un humain a torturé un (son ?) animal,
je me demande pourquoi la loi n'est pas appliquée.
Car, après tout, les lois qui punissent cette violence existent, il suffirait de les utiliser. Pourquoi sommes-nous tellement laxistes alors que nous disposons d'un arsenal juridique suffisant pour punir les brutes ?
J'y ai réfléchi plus d'une fois et je me dis qu'il est tout bonnement impossible que TOUS nos juges soient insensibles à cette barbarie et qu'il y a fort à parier qu'un jugement sévère déclencherait plus de félicitations que de reproches s'il était prononcé envers les tortionnaires de Mambo, aspergé d'essence et brûlé vif par ennui, envers le propriétaire du dalmatien qui l'a trainé sur des kilomètres après l'avoir attaché à sa voiture, envers les barbares qui ont voulu brûler Evoli, siamois trop sociable et confiant, envers les deux brutes qui ont tabassé un pappy york de 13 ans dans un hall d'immeuble, envers les agents de sécurité d'un supermarché qui se distrayaient en torturant des chats...
Alors quoi ? Comment est-il possible que le propriétaire de Tamara, croisé rott-berger allemand, lui ait
ligotté les pattes, baillonnée en entourant sa gueule d'adhésif, jetée dans un sac poubelle puis balancée dans un étang où elle est morte noyée puisse écoper d'une amende de 400 euros "avec
sursis" au prétexte que, comme l'explique le procureur, «Il ne ressort de ce dossier aucune
volonté de faire souffrir l’animal ». Il s'agit donc d'une infraction et non d'un délit. Une infraction ? L'ordure qui a exécuté Tamara prétend qu'il n'avait plus les moyens de l'entretenir.
Ah bon ! Alors s'il n'y a pris aucun plaisir, c'est moins grave n'est-ce pas ?
J'ai beau tourner le problème dans tous les sens, j'en arrive toujours à une conclusion qui me fait froid dans le dos : nous ne punissons pas parce que nous ne voulons pas ouvrir la boite de Pandore.
Je m'explique ? OK, je m'explique. Actuellement, l'animal à le statut d'être sensible (ce qui, tu en
conviendras, n'est pas très explicite), mais, si on commençait à lui donner un statut équivalent au notre, en clair, si on estimait enfin que la vie d'un colibri n'est pas moins importante que la
vie d'un homme, du moins à ses propres yeux, si on admettait une fois pour toute que l'importance que l'on attribue à telle ou telle existence est purement arbitraire et guidée soit par un
sentiment de supériorité totalement injustifié, soit par la valeur affective que nous lui attribuons ? Qu'arriverait-il ?
Au fond, dans l'absolu, lequel d'entre nous estime que la vie d'un tortionnaire est plus importante que celle de sa victime ? En toute honnêteté, de Tamara ou de son propriétaire, auprès duquel aurais-tu préféré vivre ?
Mettre le restant des animaux sur un plan d'égalité de droits, c'est remettre en question toute notre façon de penser, toute notre culture, tout notre rapport au monde. Si leur vie, leur souffle, leur existence, à la même valeur que celle de n'importe quel animal-humain, comment alors supporter la chasse ? La pêche ? Les abattoirs ? La corrida ? Les zoos ? Etc...
Alors, tant pis pour Tamara, Mambo, Evoli et les millions de victimes anonymes, nous continuerons longtemps à
les torturer et à les tuer, pas seulement parce que nous en avons le pouvoir mais parce que nous ne voulons surtout pas nous remettre en question. Je me demande si c'est vraiment une preuve de
notre "supériorité" ?
"Les français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d'un persécuteur. Peut-être
finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrêmité de l'os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au
même sort."
Jeremy BENTHAM (1748-1832)