Humeur, humour ... parfois noir.
Une nuit d'insomnie, je m'étais écroulée puis assoupie sur le canapé du salon à regarder des inepties télévisuelles dans le but de faire basculer mon interrupteur mental sur "off".
Il faisait chaud, la porte donnant sur le balcon était ouverte mais les chats n'étaient pas en danger puisque le balcon est intégralement grillagé pour leur propre sécurité.
A un moment, je somnolais, je sens comme une agitation autour de moi, je perçois des mouvements rapides dans l'obscurité, une sorte de tension et d'hyperactivité nocturne peu courante.
Bien sur, mes greffiers sont comme les autres, plutôt en forme au coeur de la nuit et n'hésitant pas à lancer quelques courses-poursuites qui traversent immanquablement notre lit, nous réveillant en sursaut avec la sensation que nos ventres étaient sur le passage de la migration d'un troupeau de gnous.
Cependant, là, la situation est différente, le chaton que nous avons en accueil est sur le dossier du canapé et fait des bonds sur place, les adultes eux se déplacent en meute, d'un seul mouvement, comme un banc de sardines, mais la tête en l'air.
Je lève les yeux moi aussi et, dans la lumière dispensée par l'écran du téléviseur, je vois tournoyer une masse que je n'identifie pas.
Immédiadement, je me souviens de cet énorme papillon de nuit qui était venu voleter au dessus de nos têtes dans un restaurant de Martinique mais je réalise qu'il y a très peu de probabilités que le climat métropolitain ait pu permettre la naissance d'un de ces insectes géants.
Je pense ensuite à un moineau, même si, à cette heure tardive, les moineaux bien élevés sont couchés depuis longtemps et que le voltigeur que j'aperçois dans la pénombre vole sans panique et sans se cogner aux murs, ni au plafond, ni à la baie vitrée.
Je me lève et j'allume la lumière. Là, maintenant, c'est évident : il s'agit d'une toute petite chauve-souris qui tournoie, fait des pauses en s'accrochant au papier peint le long du mur et repart en tournoyant dans mon salon !
Sur le dossier du canapé, le chaton continue à sauter sur place chaque fois qu'une boucle du vol chiroptérien amène l'innocente créature à sa portée, au sol, la meute n'en perd pas une miette, les fauves, dans un balet parfait, reproduisent à terre les circonvolutions que le minuscule dracula effectue en l'air.
Je sens que tous ne rêvent que d'une seule chose : se taper un tartare de chauve-souris !
Bon, j'ai beau savoir que les chats sont des prédateurs et qu'il est bien naturel qu'ils chassent, tuent et mangent leurs proies, je sens qu'il me sera impossible de les laisser faire en toute bonne conscience. Sans compter que la probabilité pour qu'ils transforment le salon en champs de ruines est immense.
J'expulse donc la meute, qui râle, tente de rester, se faufile dix fois entre mes chevilles, miaule son désespoir d'être privé du jeu le plus marrant de l'année, vers le couloir qui mène aux chambres et je referme la porte, restant seule avec le rongeur aéroporté (je sais, je sais, ce n'est pas un rongeur !).
Juste entre nous, enfermer 7 chats récalcitrants et surexcités dans un couloir quand tu n'as pas de sas et que tu es très fatiguée c'est un peu "mission impossible".
Et là, misère ! Je tente tout d'abord de réorienter la chauve-souris vers la porte-fenêtre en me disant que si elle a su franchir le grillage du balcon dans un sens, elle saura le faire dans l'autre. Problème : je ne suis pas assez grande pour représenter un véritable obstacle, même en levant les bras, le petit batman m'évite à l'aise, ne ressort pas et continue à tournoyer dans le salon en faisant des pauses le long des murs.
Je réalise qu'il faut que je représente un obstacle plus grand et plus large, j'attrappe le plaid du canapé que je tiens déroulé jusqu'au sol, bras tendus au-dessus de ma tête, formant un grand rectangle de tissu derrière lequel je disparais intégralement comme dans un tour de magie pourri et espérant représenter un mur pour le radar de la bestiole.
La chauve-souris refuse tout simplement de comprendre qu'elle doit retourner sur le balcon. Quant à moi, je cavale dans mon salon au milieu de la nuit, une grande cape en laine polaire tendue derrière moi, faisant des pssshhhht totalement inutiles avec la bouche.
Après de longues minutes au cours desquelles je prie pour que l'Homme ne me trouve pas dans cette situation ridicule et ne m'aime plus jamais, je réalise que le salon est trop grand et que je dois d'abord essayer d'orienter la créature de la nuit vers la cuisine dont je fermerai la porte pour restreindre ses possibilités et dont elle finira bien par trouver la fenêtre.
Voilà, ma stratégie a finit par fonctionner, la chauve-souris a bien trouvé la sortie, personne n'a été témoin de la scène ridicule qui a précédé sa libération mais, quand j'ai ouvert la porte du couloir pour libérer les fauves, j'ai clairement lu dans leurs yeux fixés sur moi un message qui disait "TRAITRE !".