Humeur, humour ... parfois noir.
Je ne suis pas réputée pour ma grande gentillesse envers mes semblables, pour tout te dire, la plupart des personnes que j'approche me considèrent comme une parfaite sauvage : rugueuse, très solitaire, mal embouchée, souvent désagréable, à manipuler avec précautions. Il m'est même arrivé de rencontrer des personnes qui, une fois que nous étions devenus plus proches, m'ont avoué qu'au début, je leur collais la trouille.
Je ne me considère d'ailleurs pas moi-même comme un modèle de douceur, cependant, je constate de plus en plus souvent que des individus d'un abord beaucoup plus poli et posé cachent une face très, très sombre.
Tu veux quelques exemples ? OK, en voici.
Sujet : les otages, qu'ils soient détenus pour des raisons politiques ou économiques (ce qui ne change pas grand chose pour l'otage lui-même tu en
conviendras)
Moi : Quelle horreur, ces gens qui se trouvent kidnappés et sont détenus pendant des mois ou même des années, à se demander s'ils en sortiront un jour, si ils en
sortiront tout court, si on pense encore à eux où s'ils ont été oubliés entre les mains de leurs ravisseurs.
Mon interlocuteur : Oui, c'est sur, mais tous ne méritent pas vraiment notre compassion.
Moi : ??
Mon interlocuteur : Par exemple, Ingrid Betancourt, quand elle était dans la jungle, il parait qu'elle n'était vraiment pas sympa avec les autres otages, qu'elle
était prête à tout pour sauver sa peau, dire qu'on nous fait croire que c'est quelqu'un de bien.
Toi je ne sais pas, mais moi je me garderais bien d'affirmer que, si ma vie était menacée 24h/24 pendant des mois, je saurais conserver ma dignité en ayant un comportement irréprochable. Je ne
suis même pas certaine de faire un choix honorable si ma vie était menacée juste quelques minutes d'ailleurs... J'ai alors pensé à la chanson "Né en 17 à leidenstadt (J.J. Goldman) : "On
saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres, cachés derrière nos apparences. L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau? Ou le pire ou plus beau ? Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau, s'il fallait plus que des mots ?"
Sujet : un bidonville construit sous le pont d'une autoroute
Moi : Ce qui m'a fait le plus mal quand j'ai vu les cabanes des SDF c'est que, devant l'une d'elle il y avait des jouets d'enfant dont un petit tracteur en plastique pour les petiots qui marchent
à peine. Je ne dis pas que c'est bon pour les adultes ce genre d'endroit, mais des mômes... Un gosse qui vient au monde ici, il n'en sortira jamais, il ne faut pas se faire d'illusions, quand tu
pars de si bas ce qui t'attend c'est la misère ou la délinquance, ou les deux. Je me suis fait la réflexion qu'une maman qui met son bébé au monde dans une jolie maternité bien propre, elle doit
presque espérer qu'il y aura quelques complications pour qu'on ne la renvoie pas dans son gourbi au bout de 3 jours...
Mon interlocuteur : C'étaient pas des Roms plutôt ? Les Roms vivent comme ça, ils s'installent n'importe où sans autorisation.
Là, je t'avoue, j'hallucine. Qu'est-ce que ça change ? Les Roms supportent mieux la misère ? Ils supportent mieux que leurs enfants doivent grandir dans une cabane en carton sous le pont d'une
autoroute ? Mais bon sang, si ce sont des Roms, non seulement ils doivent survivre dans ce bidonville mais en plus, ils doivent vivre dans la trouille d'être expulsés.
Sujet : les catastrophes naturelles
Mon interlocuteur : On n'a pas beaucoup aidé le Japon après la catastrophe.
Moi : C'est vrai, peut-être parce qu'on en a l'image d'un pays riche et mieux préparé aux catastrophes naturelles, peut-être aussi que le risque de fuite radioactive, en nous collant la trouille,
a détourné notre attention du désastre, peut-être même qu'on en voulait un peu aux Japonais de nous avoir tous mis dans le pétrin avec cette centrale.
Allez savoir ce qui conditionne nos réactions. Regardez le Pakistan, le pays à été dévasté par des inondations, mais il y a fort à parier que l'assimilation Pakistan-terrorisme dans l'esprit de
la majorité des gens nous a coupé l'envie de les aider même si on peut raisonnablement penser que les Pakistanais sont plus des victimes que des complices des terroristes.
Mon interlocuteur : le Pakistan, c'est différent.
Moi (naïve) : Ce sont aussi des inondations, il y a eu moins de morts mais plus de 1500 en tout cas et des milliers de sans-abri qui ne sont toujours pas relogés et qui viennent déjà de passer un
hiver dehors.
Mon interlocuteur : Oui, mais quand on donne à ces pays-là, l'argent est détourné, il part directement dans la poche des dirigeants. En plus, les Pakistanais, faut pas s'attendre à ce qu'ils se
mettent au travail pour reconstruire, c'est pas des courageux.
Je me suis mordu la langue pour ne pas lui demander d'où lui venait sa parfaite connaissance du Pakistan et de la fainéantise de ses habitants qui n'ont qu'à dormir sous la tente puisqu'ils n'ont
pas le courage de retrousser leurs manches. Deux poids, deux mesures donc. D'un côté la victime sympa qu'il faut aider, de l'autre la victime qui a quasiment mérité son sort.
Voilà trois exemples parmi de très nombreux autres, je suis bien certaine qu'il t'en vient aussi à l'esprit si tu y réfléchis.
Quand je pense que c'est moi qui passe pour une ourse, une brute épaisse, quand je réalise que c'est de moi qu'on se méfie, j'ai pourtant l'impression d'être un
enfant de choeur à côté de ces personnes très raffinées, si polies et courtoises mais dont l'absence de compassion et d'empathie me collent, à moi, une vraie trouille.