Humeur, humour ... parfois noir.
Je suis née dans les Hauts-de-Seine en 1965.
Mes ancêtres sont presque intégralement issus de Bourgogne, région rurale donc, ma grand-mère maternelle m'a enseigné les animaux des champs, les baies qu'on cueille au bord des chemins, le jeune
maïs sucré qu'on vole sur pied pour le grignotter ; j'ai eu une tante Euphrasie qui partageait sa fermette au sol en terre battue avec ses poules ; je sais le goût du lait chaud juste sorti du
pis et faire la différence entre une couleuvre et une vipère.
J'ai aussi eu un arrière grand-père industriel bourgeois, une grand-mère pour qui les livres étaient des voyages et l'on m'a
fait faire autant d'études que j'ai bien voulu en faire.
Je suis comme beaucoup de Français : j'aime autant plonger les mains dans la terre pour y faire pousser des merveilles que d'ouvrir un livre, écouter un disque ou visiter une exposition.
S'il m'a semblé important de te dire ça, c'est pour couper court immédiatement à tout argument ultérieur du style : "Tu es une bobo-urbaine qui ignore tout du terroir et porte un regard naïf sur la nature dont tu ignores tout".
J'estime être parfaitement légitime pour dire que l'inscription de la tauromachie au patrimoine culturel immatériel français me colle la gerbe en toute
connaissance de cause.
Alors, comme j'en ai soupé d'entendre toujours les mêmes arguments, voici ce que j'en pense :
- Tu peux complexifier à l'envi les règles du jeu pour tenter de faire
croire qu'il s'agit d'une métaphore grandiose, et qu'on l'apprécierait si on la comprenait, on n'est pas en train de parler d'art contemporain là, on parle d'un animal qui va être torturé avant
d'être tué. Je me fous de savoir que certains y trouvent du sens et je parie que le toro s'en fout aussi.
- Entendre parler de courage ou d'honneur alors qu'un des deux protagonistes de ce "duel" n'a jamais demandé à être là et serait même probablement à des kilomètres s'il n'était pas coincé dans
l'arène est absurde. Ca revient exactement au même que d'entrer dans la cage d'un animal sauvage et de le blesser violemment jusqu'à ce que sa seule option soit d'attaquer. Je te parie qu'en
plein air, le toro choisirait la fuite et pas le combat "pour l'honneur". Cet anthropomorphisme est ridicule.
- Voir les afficionados s'offusquer parce que je décrète que, si le torrero se fait encorner, c'est son problème et que quand on cherche la merde, il ne faut pas se plaindre de la trouver me
semble totalement déplacé. Je n'ai pas demandé à ce mec de descendre dans l'arène, ceux qui l'y ont poussé sont ceux qui voulaient assister au spectacle. Si quelqu'un est responsable de la mort
d'un homme, c'est celui qui l'a incité à risquer sa peau, pas celui qui aurait préféré qu'il reste chez lui.
- Qu'il soit noté une fois pour toute que le toro est un herbivore et qu'un herbivore n'est pas une bête fauve assoiffée de sang. Comme tous les mâles de toutes les espèces, il peut se montrer
dangereux quand il s'agit de lutter pour des femelles et/ou un territoire mais, a priori, l'homme n'est pas son concurrent en la matière.
- Si la disparition des corridas signe la fin de l'élevage des toros et donc leur disparition progressive, cela ne me dérange pas. Cette race est maintenue dans le seul but de produire des
victimes, pourquoi vouloir préserver une race dont la seule utilité est d'être exécutée en public ? D'ailleurs, personnellement, seule l'espèce me semble nécessaire à la bio-diversité, les races
ne sont utiles qu'à notre bon plaisir, elles n'ont pas d'intérêt écologiquement parlant. Un taureau est un taureau, qu'il soit noir et nerveux ou beige et bouclé ne change rien.
- Je passerai très vite sur l'argument "culture et tradition", les mariages arrangés, la vendetta, l'excision, l'esclavage, la poligamie, etc... sont également des traditions, parfois bien plus
anciennes que la corrida, et nous traitons de barbares les pays qui les pratiquent.
- Mettre en parallèle la corrida avec l'abattage rituel ou non, les conditions d'élevage et de transport des animaux de boucherie est totalement déplacé : on ne justifie pas une maltraitance par
une autre, ce n'est pas un argument recevable. Je suis contre la corrida ET contre les conditions d'abattage des animaux de boucherie et contre l'abattage rituel ET contre l'expérimentation
animale, etc. En gros, je m'oppose à tout ce qui déclenche une souffrance injustifiée (le plaisir personnel n'étant en aucun cas un motif suffisant pour torturer un animal !)
- Estimer que chacun fait ce qui lui plait et comparer la corrida à n'importe quel divertissement en prétendant qu'il ne viendrait à l'idée de personne de demander l'interdiction d'un match de
tennis est absurde. Lors d'un match de tennis, les concurrents sont là de leur plein gré et aucun d'entre eux n'y laissera la vie. On ne peut même pas rapprocher la corrida des combats de chiens
ou de coqs (qui sont une autre ignominie humaine) car les "combattants" y sont de la même espèce et disposent donc des mêmes "armes".
Je n'aime pas le football mais, moralement, il ne me choque pas. Si je m'oppose à la corrida, c'est parce que d'un point de vue ethique, je trouve cela insupportable pas parce que je n'y
comprends rien ou que je n'apprécie pas le show.
- Je refuse bien sur d'entendre tous les discours sur la douleur masquée par les poussées d'adrénaline car, si le toro produit effectivement de l'adrénaline il a également un système nerveux et
tout ce qui a un système nerveux ressent la souffrance, nous sommes bien placés pour le savoir.
Un jour, dans l'avenir, nous comprendrons enfin que nous n'avions pas le
droit d'exploiter à mort tous les autres animaux, nous réaliserons l'ampleur de notre faute et, contrairement aux prédateurs qui ne tuent que pour survivre, nous n'aurons aucune
excuse.