Humeur, humour ... parfois noir.
Il y a quelques semaines, une amie bénévole en association reçoit un appel au secours pour Urban le sharpeï et Biscuit son fils, tous
les deux très sociables, que le propriétaire menace de faire euthanasier pour cause de mariage-bébé-déménagement !
(Si tu es comme moi et que tu ne comprend pas bien en quoi deux chiens sympas sont un problème insoluble en cas
de mariage-bébé-déménagement, ne cherches pas, tu n'es simplement pas fait du bois dont on fait les irresponsables, tu ne peux pas comprendre).
Après avoir échangé de très nombreuses conversations téléphoniques avec le propriétaire des chiens pour lui expliquer que son association peut les récupérer et leur trouver des adoptants ou, à défaut pour commencer, une famille d'accueil, elle apprend que l'homme vit actuellement en Normandie dans une maison avec jardin mais qu'il déménage pour le studio de banlieue parisienne de la mère de son bébé qu'il a épousée récemment.
Il précise que c'est sa femme qui exige qu'il se débarrasse de ses chiens avant le 25 juin.
Pendant 3 semaines, la bénévole remue ciel et terre, contacte tout son réseau, diffuse sur tous les forums de protection animale pour tenter de trouver une issue de secours pour ces deux chiens tout en sachant qu'ils n'ont jamais été séparés, que les vacances scolaires sont en train de débuter et que les refuges se remplissent donc déjà à grande vitesse.
Le 25 juin arrive, la bénévole déploie des trésors de diplomatie pour grapiller encore un peu de temps, la vie des chiens dépend de ses talents de négociatrice et elle en est consciente. Elle obtient un jour de répit, puis un autre...
Contre toute attente, une famille d'acceuil se propose en Province (mais pas en Normandie ce serait trop simple !). Immédiatement, la bénévole met sur pied la récupération des chiens. Le propriétaire accepte de les amener jusqu'en région parisienne, j'accepte de servir de transporteur pour les 140 km qui restent à parcourir, la famille d'acceuil accepte de les recevoir samedi 3 juillet dans l'après-midi.
Samedi 12h30
Nous arrivons donc devant un pavillon de banlieue qui sert de point de rendez-vous entre le propriétaire des chiens et nous.
La bénévole propose d'aller un peu promener les chiens avant de partir et nous nous apercevons alors qu'ils ne savent pas du tout marcher en laisse, leur propriétaire nous avoue qu'ils ne savent pas non plus être promenés sans car ils ne sortaient guère du jardin de sa maison.
La bénévole lui demande s'il a préparé comme convenu sa lettre d'abandon et le mémo concernant les habitudes des chiens, il dit qu'il n'a pas eu le temps mais va le faire immédiatement.
Samedi 13 h
Nous rentrons dans le pavillon, sa femme, le bébé dans les bras, ne nous a même pas saluées mais passe régulièrement jeter des coups d'oeil avec un air peu aimable.
Le propriétaire commence à rédiger ses lettres puis, au moment de noter les numéros de puce des chiens, fait mine de s'affoler, de fouiller son sac, de soulever des piles de documents pour finir par nous balancer qu'il a oublié les cartes d'identification et les carnets de santé en Normandie !
Samedi 13 h 15
Je commence à sentir que l'affaire est plus compliquée qu'il n'y parait. Je sors marcher avec la bénévole et je lui dit qu'il est tout bonnement hors de question que je transporte deux chiens non identifiés, qu'il nous faut au minimum le numéro de puce.
Nous demandons au propriétaire de contacter le vétérinaire qui a vacciné les chiens dans la semaine précédente afin d'obtenir leurs numéros. Le cabinet vétérinaire n'ouvre qu'à 14 h, nous attendons. La famille d'acceuil, jointe par téléphone confirme qu'elle acceptera les chiens s'ils ont au moins leurs identifiants.
Samedi 14 h
Le vétérinaire est en ligne, la bénévole demande à lui parler, je la vois noter les dates de naissance, les numéros de puces, elle discute un peu avec son interlocuteur puis, d'un coup, semble stupéfaite, inscris un nom et un numéro de téléphone sur son bloc, termine sa conversation, raccroche et s'adresse au propriétaire "Les chiens ne vous appartiennent pas ? Le vétérinaire vient de me dire que c'est une mademoiselle X qui est inscrite sur leur carte d'identification !"
Le "propriétaire" : "Si, ils m'appartiennent, mademoiselle X c'est mon ex, elle me les a laissés en partant car elle ne pouvait pas les emmener"
La bénévole : "Mais légalement, ils ne sont pas à vous, vous n'avez absolument aucun droit de les abandonner et nous n'avons pas le droit de les prendre en charge sans une lettre d'abandon de mademoiselle X !"
Le ton monte, le propriétaire dit qu'il est toujours en contact régulier avec la demoiselle, qu'elle vit à Bordeaux mais qu'il peut lui téléphoner et c'est ce qu'il fait... sans résultat.
Nous décidons de lui accorder 30 minutes.
Samedi 14h30
Après avoir apparemment laissé des messages à son ex, le propriétaire nous dit qu'elle est coiffeuse, qu'elle travaille le samedi, qu'il ne connait pas le nom du salon de coiffure et qu'elle n'aurait rien pu faire aujourd'hui de toute manière.
Il ajoute que son ex est d'accord qu'elle ne posera aucun problème.
Cette fois, sentant que tout le travail effectué l'a été pour rien dès le départ, que les chiens ne seront pas sauvés, que nous n'allons pas pouvoir les sortir de ce traquenard, nous nous fachons franchement.
Nous accablons ce lâche incapable d'avoir fait le nécessaire pour permettre à ses chiens qu'il prétend aimer de commencer une nouvelle vie dans un vrai foyer.
Il ne comprend même pas qu'il n'aura pas non plus le droit d'aller les abandonner dans un refuge comme il envisage maintenant de le faire.
Sa mégère, qui n'était pas intervenue jusque là, arrive comme une furie et nous hurle : "Arrêtez de le culpabiliser, il est déjà assez malheureux comme ça d'avoir à s'en séparer !"
Nous hurlons également, cette harpie n'a vraiment aucune honte, c'est tout de même elle qui a exigé qu'il se débarrasse de ses chiens, nous sommes écoeurées.
Samedi 15 h
Nous repartons sans les chiens, sans grand espoir que la situation s'arrange et bien conscientes que, si le propriétaire est un lâche pas très malin, la harpie, elle, a parfaitement compris que les chiens n'étant pas officiellement à son époux mais à l'ex, elle peut fort bien aller les balancer au coin d'un bois sans le moindre risque de poursuite pour eux deux.
Dans la nuit de samedi à dimanche
L'ex, en larmes, laisse un message sur le répondeur de la bénévole, le propriétaire vient de lui expliquer la situation, elle ignorait totalement qu'il voulait se débarrasser des chiens, elle n'avait plus aucune nouvelle depuis 9 mois (la grossesse de la harpie donc !), elle n'a plus du tout le temps de trouver une meilleure solution pour ses chiens et préfère les abandonner à l'association que de leur faire prendre un risque en les laissant sous le toit de ce lamentable duo.
Dimanche matin
L'ex se rend dans un internet café pour envoyer par mail sa lettre d'abandon.
Dimanche après-midi
Nous récupérons les chiens. Au moment où nous partons, nous respirons enfin, les chiens sont à l'arrière, ils sont calmes, ils sont en sécurité et, s'ils ont bien senti qu'il se passait quelque chose de grave, ils ne comprennent pas encore que leur vie vient de changer pour toujours.
PS : nous cherchons maintenant un foyer définitif pour ces deux crèmes de chiens, avis aux amateurs, fais passer l'info.
Le dimanche 28 novembre, Urban vient d'être adopté. Il va maintenant être dorlotté par ses adoptants qui ont décidé qu'il irait partout avec eux. Nous sommes allées finaliser l'adoption et signer le contrat, Urban nous a acceuillies et nous a présenté sa maison comme s'il vivait là depuis toujours. Quand ses adoptants se sont rendus au refuge où il était hébergé, il a fait le fou en sortant de son box puis il s'est précipité vers les deux visiteurs et il est monté dans leur voiture sans discuter, comme si c'était simplement ce qu'il convenait de faire.
Urban a choisi, c'est aussi simple que
ça.
Biscuit attend lui aussi sa
chance.