... Mais je suis malin, et plutôt grand, j’ai décidé de ne pas me laisser faire, j’ai commencé à attaquer les autres moi aussi, les
sauvages comme moi et ceux qui se baladaient dehors mais qui rentraient à la maison le soir. Je faisais la loi sur mon territoire, je me faisais respecter. Je ne gagnais pas à chaque fois, et
même quand je gagnais, j’étais parfois blessé, mes oreilles morflaient durement, ma queue à été mordue si fort qu’elle est restée tordue.
Les humains que je croisais me chassaient la plupart du temps, ils défendaient leurs propres chats contre moi, j’entendais des "file d’ici
sale chat", "quelle horreur, un chat noir", "va pisser ailleurs vermine", "si tu attaques encore mon minet, je te tue".
J’ai découvert qu’on pouvait entrer se mettre à l’abri là où les humains garent leurs dangereux véhicules. A partir de ce moment, j’ai
décidé que cette étendue de béton était aussi mon territoire. C’était parfait, à l’abri du vent, de la pluie, des chiens. J’apercevais des humains mais je restais caché. Je tolérais la présence
d’une petite femelle de mon espèce, noire comme moi, mais avec une jolie fourrure longue.
Un jour, j’ai trouvé un petit tas de croquettes près d’un véhicule, je me suis régalé. Le plus beau, c’est qu’il y en avait à nouveau le
lendemain, puis le surlendemain, et tous les jours qui ont suivi. J’ai pris l’habitude de traîner dans le coin et j’ai repéré deux humains qui laissaient les petits tas, j’ai commencé à me montrer
un peu, prudent quand même, mais ils ne criaient pas, ils ne me chassaient pas, ils me parlaient.
Chaque jour, j’ai pris l’habitude d’attendre mes nouveaux humains, chaque jour je m’en approchais d’avantage, ma petite femelle noire
n’osait pas trop se montrer, elle restait à distance. Moi, je prenais mes aises, quand j’apercevais mes humains, je les saluais d’un miaulement. Un jour, l’un d’eux m’a caressé le crane, j’ai cru
m’évanouir tellement c’était bon, j’avais presque oublié à quel point c’était doux.
Les humains et moi, on est devenus assez copains, ils m’appelaient en arrivant, je venais les voir et chercher quelques croquettes et
quelques caresses.
Un soir, je chassais sur mon territoire extérieur, un humain se promenait avec son chien, il m’a vu, il a crié des ordres au chien (les
chiens aiment trop les humains, et parfois, les humains les rendent cinglés), le chien s’est jeté sur moi et m’a attrapé la cuisse. J’ai réussi à lui échapper et à m’enfuir, mais j’avais
affreusement mal, je suis allé me réfugier dans mon territoire de béton.
Le lendemain, l’un des humains-aux-croquettes m’a vu, s’est approché de moi, j’ai senti qu’il ne me voulait aucun mal, je l’ai laissé me
prendre dans ses bras. L’humain m’a emmené à l’intérieur, m’a donné à manger et à boire, m’a emmené voir un autre humain qui m’a manipulé, j’étais confiant, ces humains là n’étaient pas
agressifs.
L’humain aux croquettes m’a ramené dans son territoire, il me parlait, me caressait, je ronronnais, tous mes souvenirs de ma vie d’avant me
revenaient peu à peu. Je me rappelais la chaleur, le moelleux, la tendresse, la nourriture abondante.
Quelques jours ont passé puis les humains ont ouvert la porte qui mène au reste de leur territoire. Croyez-le ou non, ils vivent avec 3
autres chats ! Il y a une mamie qui veut seulement qu’on lui fiche la paix et qu’on lui laisse la priorité avec les humains, une plus jeune qui se considère comme le chef (et elle a les bons
arguments pour être le chef) et un jeune très sympa qui est en train de devenir mon pote.
Si vous saviez ce que c’est bon de dormir à poings fermés, d’être au chaud et au sec, de ne plus avoir faim. Je n’ai qu’un chagrin :
j’espère que ma petite amie noire s’en sort, j’espère qu’elle s’est trouvé des humains elle aussi.
Je vais vous dire, je sais que certains humains prétendent que nous, les chats noirs, nous portons malheur, mais moi, j'ai bien l'impression que c'est souvent eux qui nous
collent la poisse.