Humeur, humour ... parfois noir.
Le
ridicule ne tue pas, c'est vrai, mais il génère des moments d'intense solitude. Je dois vous raconter la mésaventure survenue à un garçon que nous appellerons l'Infirmier pour préserver son
anonymat.
Un soir de la semaine précédant Noël, il devait déposer en voiture son épouse et son fils aîné dans le quartier de l'Opéra. Je cite le quartier car il a son importance : imaginez le quartier de
l'Opéra à cette époque de l'année (pour les non-parisiens : des milliers de passants, des milliers de voitures, un bouchon automobile digne de la capitale).
L'infirmier met déjà 327 ans pour le trajet aller et ce n'est pas très agréable car, en plus d'une grande lassitude, il ressent une furieuse envie de pisser, une de ces envies qui vous torture et
finit par vous donner la nausée.
Il dépose son épouse et son fils aîné, il doit ramener avec lui le plus jeune, Mimisicu, confortablement installé dans le siège bébé à l'arrière de la voiture.
Il se faufile tant bien que mal dans la circulation jusqu'au moment où il parait évident qu'il use plus l'embrayage que la 3ème vitesse (la 4ème et la 5ème ne pouvant être envisagées que dans un
monde parallèle).
Son envie de pisser le pousse à bout, il n'en peut plus, il est coincé dans sa voiture et, s'il était seul, il se garerait bien en double file pour aller se soulager contre un arbre, un mur,
n'importe quoi, mais il n'est pas question de laisser Mimisicu tout seul dans la voiture.
Il avise une petite bouteille d'eau vide dans le vide-poche passager, il s'en saisit, découpe le goulot à la hâte (ce qu'il peut faire sans difficulté car il doit avancer d'un mètre toutes les 10
minutes), il coince la bouteille entre ses cuisses, met son manteau en travers par dessus pour protéger sa pudeur, celle des passants, celle de son fils et se laisse aller.
Tous ceux d'entre vous qui ont dû retenir une envie pressante le savent : les 10 premières secondes sont des secondes de soulagement intense et de satisfaction béate.
La bouteille devient chaude contre ses cuisses et c'est là que l'histoire passe de crade à ridicule : la bouteille devient également humide. Il soulève le manteau : la bouteille est en train de
déborder et d'inonder son pantalon et le siège de la voiture. N'y allons pas par 4 chemins : il se pisse dessus.
Ensuite, c'est l'enfer, il entrouvre la portière pour vider la bouteille, il ôte son pull et le glisse sous ses fesses en espérant sauver le siège conducteur, il sait qu'il n'est pas prêt
d'arriver chez lui, que ce qui était chaud va devenir froid et que l'odeur sera pénible.
Il lance quelques regards à son fils "Ca va Mimisicu ? tout baigne ?".
Quand il arrive enfin chez lui, il se tourne vers son fils, le petit lui sourit, il a 2 ans et demi et il est propre lui, on ne peut pas en dire autant de son père.