Humeur, humour ... parfois noir.
Il y a un an aujourd'hui que Soudan est entré dans ma vie, un an jour pour jour que j'ai ramassé ce noiraud à la cuisse lacérée, aux oreilles dentelées, à la fourrure mitée, à
la queue tordue, aux coussinets durs comme des pneus de voiture.
Il y a 365 jours tout juste que ce chat des rues, épuisé par ses combats quotidiens, fatigué d'être aux aguets, lassé de devoir se battre pour manger, blessé dans sa chair une fois de trop,
m'a accordé toute sa confiance et a remis sa vie entre mes mains.
Je n'ai pas oublié son regard au moment où je me suis penchée vers lui en constatant qu'il restait couché sur le béton, au moment où j'ai aperçu cette affreuse plaie sur sa cuisse, c'était un
regard qui disait : je te connais, tu me connais, voilà des mois que tu me nourris et que je me frotte à tes jambes, je suis fatigué, j'ai mal, aides-moi.
Je me suis sentie coupable, je pensais que j'aurais dû essayer de te récupérer bien plus tôt pour t'éviter cette souffrance, j'ignorais si tes blessures étaient profondes, si tu avais une chance
de guérir. Je t'ai pris dans mes bras, j'ai repris l'ascenseur, je t'ai installé dans une de mes chambres, tu as tout accepté sans broncher, sans te plaindre et sans paniquer.
Je t'ai emmené chez le vétérinaire puis je nettoyais tes plaies chaque jour, je te donnais des cachets, pas une fois tu n'as essayé de m'en empêcher, je ne t'ai jamais entendu grogner,
cracher, tu n'as jamais essayé de me menacer alors que tu souffrais.
Tu as guéri, ta peau a cicatrisé, tes poils ont repoussé, ta fourrure est devenue soyeuse et tes coussinets sont désormais doux et lisses.
Tu es devenu un magnifique petit fauve, drôle, gentil, câlin, bavard, facile à vivre.
Il y a quelques temps, j'ai appris que des voisins qui eux aussi te nourrissaient autrefois dans la rue s'étaient inquiétés de ta disparition, je leur ai dit que tu étais en bonne santé
et les ai invités à venir te rendre visite.
Ils sont entrés, je t'ai mis dans les bras du Monsieur, tu as frotté ton front contre son torse et tu as ronronné, il en avait les larmes aux yeux. Il t'appelait "Blacky", je t'appelais "le petit
tordu" puis je t'ai nommé "Soudan", mais peu importe le nom que nous te donnons, tu rend heureux ceux que tu approches.
Les Voisins m'ont dit "Il a eu de la chance de tomber sur vous, il le méritait".
Tu sais quoi ? C'est vrai que tu as eu de la chance ... mais ce n'est rien en comparaison de la chance que j'ai eue moi de te connaître, j'espère que tu te dis aussi que je le mérite.