Humeur, humour ... parfois noir.
Je fais partie d'une association, l'ADAM, où j'apprend à dessiner, peindre, etc. Nos profs ont sélectionné quelques unes de nos œuvres et organisé une exposition à la Médiathèque André Malraux dans ma bonne ville de Maisons Alfort.
Comme nous avons régulièrement des modèles vivants, nous avons produit pas mal d'esquisses, d'ébauches, de dessins plus ou moins aboutis de nus et notre artiste de prof a eu l'idée d'en tapisser le mur du couloir d'entrée de la médiathèque.
Je vous entend d'ici, OK, OK, t'es une artiste, tu te la pètes, c'est pas très intéressant tout ça. C'est vrai, mais il fallait bien que je plante le décor quand même. Bon, je reprend, jeudi 1er mars c'était l'accrochage de nos œuvres, évidemment je travaille, je n'y étais pas, hier vendredi, j'avais des préoccupations plus graves, ce matin, j'avais besoin de prendre l'air, je me suis dis que j'allais jeter un œil enfin.
Dès l'entrée, je vois des nus au murs et d'autres posés au sol ou sur des chaises avec des boulettes de patafix un peu partout. Je me demande s'ils sont tombés du mur, ou s'ils n'ont pas encore été collés. Un regard sur la patafix effilochée au dos des feuilles me fait comprendre qu'ils ont été décrochés volontairement du mur.
Je suis un peu étonnée, je descend à la salle d'exposition et j'y croise Gérard, notre prof, qui m'explique que des gens bien pensants ont demandé le déplacement de nos dessins vers un autre endroit. En effet, le couloir de l'entrée dessert toutes les salles, y compris la bibliothèque des enfants. Nos braves concitoyens ne veulent pas imposer à leurs chères têtes blondes la vue de dessins représentant des hommes et des femmes nus. Les bras me tombent du corps. C'est indiscutable : ce sont des hommes et des femmes et ils sont bien nus, mais ce sont des dessins, les poses sont des poses d'atelier de peinture qui expriment davantage le mouvement que le désir.
Je les regarde encore, ils sont par terre à mes pieds, rien d'obscène, rien de malsain, du fusain, de l'encre, du stylo pour souligner les angles et les courbes, faire ressortir un muscle ou un geste. Tout ce qu'on pourrait leur reprocher, c'est éventuellement de ne pas être assez réussis pour être exposés.
Je me demande si les imbéciles qui ont exigé leur exil dans l'escalier osent emmener leurs marmots dans les musées. Ce ne sont donc pas des lieux de culture, mais des lieux de dépravation, de perdition, haut lieux de débauches, de seins, de fesses et de pénis fièrement exhibés, de tortures et de morts en tous genres, de sexe et de violence. Est-ce que ces crétins cachent les yeux de leurs petiots quand ils se baladent aux tuileries ?
Amis, c'est le grand retour de la censure idiote. Je commence à comprendre pourquoi les nombreux candidats aux élections évitent de nous parler de culture, la culture, comme l'art, pourrait bien être trop subversive. Les livres, les films, la musique, tout est truffé de ce que la morale réprouve. Et pourtant, je crois que c'est dans une chanson de Pierre Perret (mais mes excuses à l'auteur si je commet une erreur) : "apprenez qu'une chose convenable, c'est justement celle qui ne convient pas".
J'en ai vu des images et peintures de nus quand j'étais môme, je me rappelle qu'on ricanait bêtement avec des "t'as vu la dame, elle est toute nue" chuchotés en rigolant. Je n'ai pas souvenir d'avoir été bouleversée ou choquée par un tableau.
Comment des gens qui fréquentent une médiathèque municipale, le lieu par excellence qui met la culture, que dis-je, les cultures, à la portée de tous peuvent-ils être aussi obtus ?
Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me donne envie de fumer un joint en regardant un film de cul.