Humeur, humour ... parfois noir.
Mon frère, est un homme qui a à peu près tout ce qu'il souhaite et peut
raisonnablement s'offrir un bon nombre des choses qu'il n'a pas encore. Bien sur, quand c'est son anniversaire, la question du cadeau se pose : que peut-on lui offrir qu'il n'aie déjà ?
Pour ses 39 ans, nous avons eu une idée de génie trouvée sur un stand de la Foire de Paris : une heure de vol aux commandes d'un petit avion avec décollage et atterrissage compris après un briefing de 20 minutes. Bien sur, nous ne lui en avons pas parlé, nous l'avons inscrit pour le jour où il fêtait ses 39 printemps.
Par chance, l'aérodrome se trouve à 4 km de chez lui. Dès l'arrivée, nous le mettons en condition en lui disant qu'il va falloir aller chercher son cadeau à 15 heures. A 14 h 30, nous lui disons qu'il faut y aller, il sort tranquillement de chez lui, pensant s'y rendre à pied. Nous lui apprenons que, non seulement nous y allons en voiture mais en plus, nous lui bandons les yeux.
Au début du trajet, parce que c'est son quartier, il essaie de deviner, "vous m'emmenez au vidéo club ?", "Vous m'emmenez à la banque ?". Il fait le mariole, il rigole. Le trajet se prolonge, il commence à s'inquiéter un peu, il ne sait plus vraiment où nous sommes "Vous m'emmenez dans les cités pourries ? Vous allez me larguer au milieu des barres d'immeubles en hurlant "IL A UNE CARTE GOLD" ?". Sa Chère et Tendre épouse est dans la voiture avec nous, elle n'est pas dans le secret mais elle se marre bien.
Enfin, on arrive devant l'aérodrome, la Chère et Tendre, en voyant les coucous laisse échapper un "ouh la la !". En entendant ça, le businessman passe en mode panique "C'est pas de l'acrobranche, hein, c'est pas un truc dans les arbres ? Je vous préviens, j'y vais pas, j'ai le vertige, pas question que je grimpe dans une saloperie de platane". Nous tous en coeur : "Mais non, ne t'inquiète pas, on ne t'aurait pas fait ça"
On arrête la voiture, la victime a toujours les yeux bandés, on est garés face à un groupe d'avions stationnés dans l'herbe, on lui ôte le bandeau, on lui tend l'enveloppe contenant la convocation. Et là, incredible but true, il ne remarque même pas les zincs, il ouvre l'enveloppe avec ferveur, rien de ce qui est autour de lui ne passe la barrière du stress. Certes, on est dans ma voiture, et, en effet, les vitres sont tellement crades qu'on dirait des vitres teintées, mais tout de même, il y a bien 6 coucous dans son champ de vision.
Nous, comme des vautours, on observe ses réactions. Il est enthousiasmé, partagé entre une légère inquiétude et un réel plaisir. Il réussit à convaincre sa Chère et Tendre de l'accompagner dans l'aventure.
Après, on le regarde partir au briefing, décoller, voler, atterrir. Juste avant le décollage, la pluie commence à tomber, il nous passe un coup de fil depuis son minuscule cockpit "Je ne sais pas si on va pouvoir décoller à cause des intempéries...". Nous on est mouillés, mais on est mort de rire : "t'as qu'a croire ! C'est pas l'ouragan Catrina, c'est une averse".
Ensuite, il n'y a que lui qui pourrait en parler mais ça l'a emballé en tout cas. On en a discuté tout l'après midi et toute la soirée. En fait, ça prouve bien que même quand on a tout, on peut encore se laisser prendre au jeu comme un gamin, et c'est rassurant.
Pour en voir plus :
http://gordon.canalblog.com/archives/2006/04/15/2609940.html